Exposition de Cherif et Geza à L’Essor

Une liberté à quatre mains signée KRM

Le couple d’artistes d’origine franco-allemande Cherif et Geza Zerdoumi explore ensemble depuis 15 ans les méandres de l’art urbain. De leur rencontre autour d’une immense fresque réalisée sur le mur de Berlin aux cadres de bois sur lesquels ils graffent, collent, peignent et écrivent à quatre mains depuis lors, ils ont conservé leur honnêteté et leur devoir moral d’artiste intacte. Un souffle de liberté et de révolte bienvenue pour la galerie de L’Essor.

Depuis samedi, la galerie de l’Essor abrite une trentaines d’œuvres d’un style très urbain. Né d’un processus de création évolutif à quatre mains, dans l’esprit du côté ouest du mur de Berlin, tagué, retagué et surtagué par des anonymes, Cherif et Geza, duo de plasticiens Tarnais, peignent, collent et superposent leurs idées jusqu’à atteindre l’équilibre, qu’ils signent en apposant le tampon KRM sur leurs toiles achevées. Leur concept, baptisé «l’esprit du mur» fait mouche, puisque le duo se retrouvera exposé à Montélimar le mois prochain, aux côtés de trois monuments de la peinture américaine, que sont Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat et Keith Haring.

Devoir moral

Pour l’heure, c’est à L’Essor que leurs cris du cœur s’affiche. «Comment mon bonheur peut-il être entier, tant que les scénarios de mon esprit fasciné par le pire existent autour de moi», exprime Cherif. Génocide, corruption, angoisses extériorisées ou simples contradictions humaines, les toiles parlent avec une clarté brute et sans compromis. «Notre devoir moral de raconter la violence de la société nous garde en éveil, ainsi que notre besoin de revisiter notre parcours personnel riche en souffrances», relève encore celui qui se retire chaque hiver dans le Sahara, aux origines même du personnage du Petit Prince de St-Exupéry.

Les élèves aussi s’expriment

Généreux, Cherif et Geza ont profité de leur halte en terre combière pour passer du temps dans les classes d’adolescents fréquentant l’établissement secondaire de La Vallée. Un échantillon de leur immense stock d’affiches des années 80 et des pots de peinture usagés sous le bras, ils les ont encouragés à s’exprimer sur des «fragments de murs» en laissant leur trace. «Il y a eu des moments de grâce et de grande qualité», se remémorait Cherif, à propos de cette expérience inédite pour lui.

Rébecca Reymond

Parmi les tableaux exposés, un collage met en scène le jeune Michel Bühler en pattes d’eph au côté d’un zèbre réalisé au pochoir.

Les toiles de Cherif et Geza sont réalisées à quatre mains et présentent des lectures à plusieurs niveaux. En s’approchant des grands fragments de murs commence la lecture des multiples inscriptions, rappelant les tags urbains.

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